Cette année, j’ai appris plein de nouveaux mots : « lean », « agile », « scrum », « design itératif »… ou plutôt, j’ai appris à mettre en application ces concepts un peu abstraits. De formation print, puis formée au web « sur le tas » j’ai eu plusieurs expériences en agence, où les seuls concepts valables sont ceux de « deadline », « rush », « mets le logo plus gros », « ma femme préfère le rouge »… (oui, bon, j’exagère à peine).

En agence, on livre un produit fini. Le client paye pour un site internet, ce qui englobe plus ou moins un package design – intégration – développement. Quand on le fait en CMS, le client change son wording, son contenu, bref, le site est à lui et on n’a plus vraiment la main dessus, sauf à sa demande expresse.  Ça fait partie de la frustration du métier : on crée, sans vraiment savoir comment c’est réellement utilisé. On espère avoir eu la bonne idée du premier coup (c’est malheureusement rarement le cas).

Quand on y pense, c’est quand même assez dommage. Le web étant par nature un champ des possibles énorme en matière de tests et d’optimisations, avec des mises en place assez peu coûteuses : tout est trackable, A/B testable, pour guider l’utilisateur au mieux, pour l’aider à accomplir ce qu’il venait chercher (et parfois un peu plus…).

La méthode Scrum

Il y a quelques mois, j’ai intégré Mapado, une chouette start-up qui lance un service web et mobile, et dans laquelle j’ai eu la chance d’arriver au tout début, quasiment en même temps que les développeurs.

On fonctionne en mode « agile », avec la méthode Scrum. En résumé, il s’agit de faire des « sprint » de X semaines (nous, c’est 2), avec plusieurs étapes :

  • Le départ du sprint (J1), où l’on définit les tâches qui seront à accomplir pendant ces 2 semaines (soit 10 jours de travail effectif), et où toute l’équipe donne une note relative à chacune des tâches (évaluant sa « grosseur » par rapport à une autre)
  • Le daily Scrum (tous les jours en fin de journée), où toute l’équipe se réunit, debout, pour dire en substance ce sur quoi il a travaillé dans la journée, les tâches accomplies, les difficultés rencontrées
  • La démo (J10), le dernier jour du sprint, où chaque membre de l’équipe présente une « démo » de ce sur quoi il a travaillé pendant les 2 semaines : les dév montrent leurs jolis algorithmes et scripts, moi je montre mes petites maquettes Photoshop… :)

Chaque étape a un intérêt particulier. Le départ du sprint permet de s’accorder sur la priorité des tâches à accomplir et leur finalité, et donne ainsi une direction générale au sprint à venir (« tiens, là on va plutôt privilégier le front » par exemple). Le daily Scrum permet à chaque membre de l’équipe d’avancer dans son travail et d’être transparent (sans flicage, bon esprit, car il est facile de « se laisser aller » sans réelle deadline : les objectifs donnés par les tâches permettent de ne jamais être dans l’attente). La démo permet, elle, de se rendre compte, toutes les 2 semaines, des étapes parcourues, des obstacles franchis. C’est vraiment un super moment où l’on se rend compte que l’on avance, vraiment.

En avançant de paire avec les développeurs et surtout le product owner, on se retrouve un peu « product manager » à son tour. Cela veut dire plus de responsabilités, mais le mode agile excuse un peu plus certaines faiblesses, permettant « au pire » de se rattraper plus tard.

Le cas particulier du design

En tant que designer, il est parfois difficile d’avoir des tâches réellement accomplissables. Par exemple, une tâche qui s’intitulerait « trouver une idée pour le bouton du header » ou « améliorer la lisibilité des titres », c’est un peu nul. Il n’y a pas vraiment de « done » franc et sans appel. Du coup, il m’arrive d’être un peu « hors sprint » et d’avancer à vue.

Le lean

Ce qui est reste assez génial, c’est de pouvoir avoir cette capacité d’avancer à vue, justement, sans cahier des charges, avec les idées qui viennent, mais qui restent structurées. Une sorte de liberté cadrée, au cœur d’un site web qui a des fonctionnalités pas encore vraiment définies, sur lesquelles on revient très facilement, auxquelles on décide finalement de ne pas donner la priorité ou au contraire, sur lesquelles on peut décider de mettre le paquet. On itère, on itère, et l’utilisateur nous fera itérer encore plus.

Le lean permet cette approche itérative, ce qui explique que des sites restent longtemps en version bêta : ils ne sont tout simplement pas encore finis : certaines pages, certaines fonctionnalités qui sont le cœur de promesse ne sont même pas encore réalisées ! On peut ainsi tester très vite son produit et surtout, surtout, l’améliorer très rapidement. Il ne s’agit pas de passer des mois à peaufiner chaque fonctionnalité, alors que les utilisateurs, eux, ne s’en serviront peut-être même pas !

Ne pas peaufiner, ne pas peaufiner, mais peaufiner quand même !

En 7 mois, j’ai designé à peine une petite dizaine de pages… avec beaucoup d’itérations, certes, mais finalement peu sont intégrées, et on a plein d’idées pour encore les améliorer ! Le temps de conceptualisation est énorme par rapport au temps de design lui-même. Quand j’y pense, on est vraiment loin du modèle client / agence. Certes, le fait d’avoir son équipe représente un coût réel et important qui n’est pas à négliger mais (même s’il est encore un peu tôt pour en tirer des conclusions), je suis convaincue du retour sur investissement pour un projet viable.

Je vous conseille de lire l’article « Lancer sa boite : comment perdre 1 an et 25 000 € ?« , qui est un semi-troll mais qui mérite quand même d’être lu pour avoir la vision de l’entrepreneur.

Je précise tout de même qu’il ne s’agit que d’un retour d’expérience, dans une société où l’ambiance est excellente, le projet vraiment fun et l’équipe très soudée. Ce fonctionnement n’est pas adaptable partout ! Il faut travailler en bonne intelligence et trouver les solutions en fonction de ses ressources, de l’ampleur de son projet, de son budget… si vous savez déjà ce que vous voulez, l’agence web ou le freelance restent de très bonnes options :)

 

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Graphiste & webdesigner, hyperactive sur Twitter, je travaille à Lyon, et réside dans une petite ville de la campagne iséroise. Pour voir mon travail graphique, consultez mon portfolio.