Suite à mon article chez Guilhem Bertholet et ses nombreux commentaires, j’ai trouvé ça assez intéressant de voir que finalement, beaucoup de gens restaient assez ignorants des raisons des tarifs des graphistes. D’ailleurs, on m’a récemment dit « les graphistes crient sur tous les toits qu’ils ne veulent pas bosser gratuitement, mais ils n’expliquent pas ce qui fait leur valeur ajoutée ».

Après tout, un logo, ce n’est « pas grand chose » pour un œil non averti. Un site internet, ça se fait en quelques minutes et pour 10 € par mois chez un grand hébergeur français qui fait beaucoup de communication grand public. Une plaquette ou une affiche, ça se fait sur Word ou sur Publisher ! Au pire, le cousin du neveu de la grande tante, il a cracké Photoshop et il a fait le logo de sa ligue WOW, donc il a les compétences.

Bon, ça, vous l’aurez compris, c’est pour les idées reçues.

Alors, qu’est-ce qui fait le prix d’un logo ? Qu’est-ce qui fait le prix d’un site internet ? En somme, qu’est-ce qui fait le prix d’un (bon) graphiste ?

Disclaimer :
Je parle de « bon » graphiste comme synonyme de graphiste professionnel et reconnu comme tel.

Le prix de l’analyse

Le brief

J’ai déjà écrit un article sur le blog de mon ancienne agence, concernant l’importance d’un bon brief créatif. Au risque de me répéter, le brief est la pierre angulaire du début de projet. Il s’agit du document le plus important pour mettre en place une stratégie de communication efficace et pertinente. Il aborde tous les points importants concernant la société cliente, ses valeurs, son historique, sa communication antérieure, ses cibles, son positionnement, ses concurrents, ses enjeux. Il permet de mettre en exergue les points sur lesquels s’appuyer, la problématique à résoudre, et permet de dégager des axes forts de communication. Plus le brief est complet, plus le graphiste aura de matière sur laquelle se raccrocher pour proposer des solutions créatives et pertinentes. Sa mise en place prend donc du temps. J’ai l’habitude de proposer à mes clients de se rencontrer, ou d’échanger par téléphone, afin de mieux comprendre leur projet et leurs enjeux. Par la suite, et pour avoir un document écrit, je leur fais remplir un questionnaire exhaustif sur tous les points évoqués ci-dessus. C’est ma base de travail pour la suite.

L’analyse du brief, de la cible, la veille concurrentielle, le positionnement…

Il ne suffit pas d’avoir des éléments écrits, il faut les digérer, s’en imprégner. La veille concurrentielle est importante (étude des codes du secteur, benchmarking) car elle détermine le positionnement du client par rapport à ses concurrents. Doit-il se démarquer totalement ? Ou doit-il au contraire être très proche de ces codes ? On voit difficilement un assureur avec logo comme celui de Toy’s R Us, par exemple. Mais on peut aisément imaginer un snack prendre le contre-pied de ses concurrents en proposant une communication axée sur le côté diététique de ses produits. Est-ce pertinent pour lui ?  Qu’en dirait sa cible ? Comment la toucher ? Tant de questions qui sont immanquablement présentes dès la naissance d’un projet (et pendant toute sa vie, en fait).

Les idées naissent d’un ensemble de contraintes, qui sont du pain béni pour un designer : un projet sans contrainte, « carte blanche », est souvent un projet difficilement abordable, puisque trop vague. Comment donner une réponse s’il n’y a pas de problématique ? Le brief permet de cadrer, de donner une structure au projet, c’est son point de départ.

Les recherches

Dans les métiers de l’image, on croit souvent que c’est facile, que c’est à la portée de tous, voire que ce n’est pas un métier, mais « une passion ». Et c’est compréhensible : c’est vrai que c’est simple, de créer une image. On appuie sur un déclencheur, et hop, on a une photo. On ouvre Word, et hop, on choisit sa typographie, et même son WordArt. Alors franchement, qui irait payer pour un logo, pour une plaquette, pour un site internet ?

Faire une image, c’est facile, donc. Faire une image qui communique, ça l’est tout de suite beaucoup moins. Faire passer un message à travers un visuel, voilà notre mission de tous les jours. C’est vrai que dit comme ça, ça fait un peu pédant. Mais faut bien croire en ce que l’on fait, non ? ;)

Un logo, c’est donc un ensemble de messages. Comme je le disais plus haut, on ne communique pas de la même façon, selon si l’on est un assureur, ou un magasin de jouet.

Il s’agit donc de faire des recherches, pour trouver des réponses visuelles au message que l’on souhaite communiquer. Et pour trouver ces réponses visuelles, le graphiste fait appel à toutes ses connaissances : culturelles, artistiques, stratégiques, sémiologiques et, attention, je lâche le mot : esthétiques. Parce que même si c’est important de donner du sens, autant que ce soit agréable à regarder. Ses connaissances artistiques sont là nécessaires : des notions d’équilibre, de gestion de l’espace, de typographie, des couleurs sont indispensables.

Le prix du sur-mesure

Évidemment, le bon graphiste  vendra une prestation sur-mesure. Il présentera un joli dossier à son client, expliquant ses différents parti-pris (j’appelle ça des « axes de communication », une relique de ma scolarité), et justifiant chacun de ses choix, et surtout, pourquoi ils sont pertinents par rapport au projet de son client. C’est très bien de mettre du bleu et une typographie grasse pour symboliser le sérieux et la stabilité, mais ce n’est pas forcément pertinent pour notre magasin de jouet. Par contre, ça colle pour l’assureur. (Amis graphistes, ne m’en voulez pas des poncifs graphiques que je viens d’évoquer, il s’agit là d’aller au plus simple pour illustrer mon propos, soyez plus créatifs que ça :D ).

Un bon graphiste ne vous fera jamais 25 propositions. Il vous en fera 3, voire 5 s’il est vraiment inspiré.
Pourquoi ? Parce que ce n’est pas possible d’être pertinent 25 fois. Designer, c’est faire des choix. Privilégions la qualité à la quantité.

Le prix de l’écoute

Normalement, en balisant bien le projet dès le début, en ayant été à l’écoute, en ayant posé les bonnes questions, il est quand même très rare de se planter. Mais si malgré les arguments proposés, les justifications données, les 3 propositions ne plaisent pas au client ou si certaines sont à retravailler, il y a toujours ce merveilleux échange appelé « les allers / retours ». C’est le moment où la créa se forge à deux, avec le client. De toute façon, une fois que l’export JPEG a été fait, la créa ne nous appartient plus. Il faut savoir lâcher du lest, conseiller au mieux pour faire les meilleurs choix. Mais l’utilisateur de cette création, c’est le client. Et son utilisateur final à lui, c’est son client. Il convient d’écouter ses retours et de les prendre en compte de la façon la plus professionnelle qui soit.

Le prix des compétences techniques

Être graphiste, donc, ce n’est pas seulement « bien savoir dessiner », ou « bien savoir se servir de Photoshop », ou « bien savoir passer un message ». C’est un peu de tout ça, mais c’est aussi la capacité de délivrer un produit utilisable, dans chacun des supports pour lequel il a été créé.

Pour un logo, c’est un fichier au format vectoriel, agrandissable ou réductible à l’infini.

Pour un site internet, c’est un joli fichier photoshop (ou autre format entendu avec l’intégrateur) intégrable.

Pour une plaquette, c’est un fichier nickel chrome pour l’imprimeur.

Et donc, pour obtenir ces beaux livrables, encore faut-il avoir les compétences de les délivrer, et les compétences techniques font souvent défaut aux amateurs.

Comment trouver un bon graphiste ?

Pour savoir si un graphiste est compétent, il n’y a pas de meilleure solution que d’aller voir son book, et de lui poser des questions.

  • Quel est son process de création ? Comment vous présentera-t-il ses créations ? (protip : si ce sont des jpeg balancés dans un mail sans justification, fuyez)
  • Avec quels éléments commence-t-il à travailler ? (protip : s’il vous dit « à signature du devis » sans jamais vous parler de brief, fuyez très loin)
  • Combien vous fera-t-il de propositions pour un logo ? (protip : à plus de 5, posez-vous des questions)
  • Combien de propositions pour un site web ? (protip : à plus de 2 pour un tarif bas, fuyez aussi). Personnellement, je ne fais toujours qu’une seule proposition. Mais je ne laisse jamais un client insatisfait :)
  • Quels seront ses livrables ? (protip : pour un logo, si on vous parle de « fichier PSD », fuyez très loin. Pour un site internet, théoriquement, le livrable c’est le site en lui-même — ou la livraison des fichiers sources à l’intégrateur. Le client final ne devrait jamais avoir les fichiers sources.)

Amis graphistes, n’hésitez pas à compléter la liste en commentaire, si vous avez des idées !

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Graphiste & webdesigner, hyperactive sur Twitter, je travaille à Lyon, et réside dans une petite ville de la campagne iséroise. Pour voir mon travail graphique, consultez mon portfolio.